Je te prie, Dieu tendre et bon, pour ceux qui m'aiment à cause de toi et que j'aime en toi.

Je te prie avec plus de dévotion pour ceux dont tu sais plus sincère la dilection envers moi, et la mienne envers eux.

Je ne le fais pas, Seigneur, comme un juste, rassuré quant à mes péchés, mais soucieux d'une certaine charité pour les autres.

Aimes-les donc, toi la source de dilection, toi qui me prescris et me donnes de les aimer.

Même si ma prière ne mérite pas de leur être utile, parce qu'elle t'est offerte par un pécheur, qu'elle vaille pour eux,

parce qu'elle est faite sur ton ordre, et que tu en es l'auteur.

A cause de toi, donc, toi l'auteur et le donateur de la charité, à cause de toi et non de moi, aime-les et faits qu'ils t'aiment de tout leur coeur,

de tout leur esprit et de toute leur âme, pour qu'ils disent, veuillent et fassent cela seul qui te plaît et leur est bon.

 

Trop tiède, mon Seigneur, trop tiède est ma prière, parce que peu fervente est ma charité.

Mais ne leur mesure pas ton bienfait, toi qui es riche en miséricorde, selon la torpeur de ma dévotion :

de même que ta bienveillance surpasse toute humaine charité, que ta réponse, de même transcende l'affection de ma supplication.

Fais pour eux, fais d'eux, Seigneur, ce qui leur est bon selon ta volonté, pour qu'ils soient partout et toujours régis, protégés,

par toi, jusqu'à ce qu'ils parviennent à la glorieuse, à l'éternelle sécurité,

Toi qui vis et règnes, Dieu, pour tous les siècles des siècles.

Amen !

 

Anselme de Cantorbery